Omer amblas / CLAIR-OBSCUR
Entre lumière et ténèbres, la peinture d’Omer Amblas reflète les errements de la condition humaine. Qu’ils soient âpres ou flamboyants, tendres ou tragiques, ses portraits sont toujours rougis au couteau. Avec, tapi dans le noir, quelque chose de poignant.
Chez l’enfant des Caraïbes, la main est invariablement guidée par l’émotion de l’instant, mais l’ombre cède peu à peu du terrain à la lumière. Entre âme angoissée et cœur joyeux, le chemin qui conduit à la paix intérieure est tout en clair-obscur.
texte : Charles Vincent – Photos : Sylvie Curty
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Omer amblas est né à L’habituée, en Guadeloupe. Un quartier calme et fleuri sur les hauteurs de Capesterre, au pied de la Soufrière. Comme dit la carte postale, an ti kwen trankil pou vakans… tout gamin, il peint des paysages, fait sa première exposition à 15 ans. il découvre la métropole à 20 ans, à l’occasion de son service militaire. De petits boulots en expos au grand Palais, il étudie le dessin, l’histoire de l’art, l’architecture… à la fin des années 1980, il met le cap à l’ouest et s’installe près de La rochelle, peut-être pour humer le vent de ses Antilles, à-bas, par-delà l’horizon marin. en 2001, il décide de se consacrer exclusivement à son art, épaulé par son épouse marie-Paule.

Dans son atelier en forme de nid d’aigle, là-haut sous les vélux, Omer a revêtu sa longue blouse couverte de souillures. Autour de lui, on est dans le vif du sujet : les brosses sont usées, les tubes torturés, la palette encrassée, la lame de son couteau rouge sang. Le même rouge qui, invariablement, accroche le regard au fil de tableaux à dominante sombre. Au premier coup d’œil, on ne sourit pas, confronté à l’univers d’Omer. Ce n’est pas joli, pas flatteur. il faut s’accrocher. au bout d’un moment se déclenche quelque chose. Quelque chose d’oppressant, tapi dans l’ombre. Parfois surgit une atmosphère à dresser les cheveux sur la tête, qui vous happe et ne vous lâche plus. certaines de ses toiles font pleurer, comme madras et collier chou qui a bouleversé un jour une femme, peut-être parce qu’on y touchait à l’essence-même de la culture antillaise…
« Être antillais, résume Omer, c’est se situer quelque part entre romantisme exotique et souffrance surréaliste. »
« A la limite entre la figuration et l’art brut, écrit Thierry Sznytka dans Univers des arts, […] le trait délimite des silhouettes qui apparaissent dans une superposition de couches de matière, complexes. Le regard et la bouche, soulignés de quelques éclats colorés, exacerbent l’émotion. » ces contours de lèvres écarlates, surgis de l’obscurité, aussi incertains que dérangeants, forment un clin d’œil cruel aux racines de l’esclavage : « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche », affirmait aimé césaire. A sa manière, Omer amblas est aussi le porte-parole de ceux qui souffrent. Si certains y voient du misérabilisme, l’artiste n’y peut rien car, lâche-t-il dans un souffle de sincérité
« ça sort de mes tripes ».
Un autre peintre, Jean-Luc Jauny, a dit un jour que dans ses propres toiles, « le noir n’est jamais seul, tant j’aime le travailler, l’enrichir, le réchauffer ». Diderot avant lui, dans son essai mes petites idées sur la peinture, écrivait la même chose sur le ton du réconfort, comme pour rassurer celui qu’effrayent les ténèbres : « mon ami, les ombres ont aussi leurs couleurs. » Le noir dont use Omer amblas est de cette essence-là, enrichi de multiples couches de couleurs travaillées au couteau et approfondies au glacis. La technique d’Omer est instinctive, de l’ordre de l’effusion, incontrôlable comme toutes les manifestations d’émotion pure. Ses silhouettes silencieuses et ses grosses têtes rondes (deux leitmotive chez lui) sont tour à tour joyeuses et colorées, grises et dépitées, sombres et torturées.
L’œuvre d’Omer, qui ne traite, au fond, que de la condition humaine, fut longtemps partagée entre amour flamboyant (Les pas, Premier rendez-vous, Dieu créa la femme…) et survivance sanglante de la souffrance des racines arrachées (Supplice, Les insoumis, L’homme qui implore…). encore aujourd’hui, derrière la tendresse (Les vieux amants) ou un titre anodin (Fillette, La braillouse), le désarroi pointe, le désespoir n’est pas loin… mais, peu à peu, les révoltes s’apaisent, laissant place à de sobres compositions presque monochromes, des gris habités par la couleur et la lumière, reflets d’une âme qui cherche (trouve ?) enfin la paix.
Malgré sa voix posée au timbre grave et chaleureux, Omer Amblas est mal à l’aise quand on lui demande de raconter sa vie. Ses toiles parlent pour lui. Une œuvre prolixe, où se croisent et s’entrechoquent les états d’âme liés à la condition humaine. Celui qui a vécu ne cherche plus à épater. Il expose sa propre vision du monde avec sincérité et il rejoint le philosophe : « Éclairez vos objets selon votre soleil, qui n’est pas celui de la nature ; soyez le disciple de l’arc-en-ciel, mais n’en soyez pas l’esclave. »
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